Labiche est un
auteur cruel, d'une cruauté brutale.
Sur
scène c'est un massacre, un carnage. Dans ce
théâtre, qui semble si facile, si simple, il y a
un
mouvement perpétuel entre rêve et
réalité,
entre pensée et inconscient. Aucune compassion, aucun
jugement.
Il laisse aller ses personnages, sans complaisance ni pitié.
Humains! Trop humains! Ils sont tous pris dans des masques rigides. Ils
étouffent d'eux-même. Il n'y a que mensonge,
hypocrisie,
orgueil, vanité, égoïsme,
superficialité,
infidélité, ils sont emportés dans un
tourbillon.
Dans le mouvement perpétuel. Il y a de la fatigue, de la
dépense, de la peur aussi. Leurs peurs enfantines
réapparaissent. Ils disent plus qu'ils ne pensent. Les mots
sont
catapultés, éruptés, les
idées, les niveaux
de conscience, l'inconscient, tout veut sortir par la bouche. Souvent
les objets s'en mêlent, ils sont capables de repousser les
personnages. Les corps aussi sont maladroits, ils se cognent, se
heurtent, s'effrayent. Ces superpositions traduisent des
états
de dégradation avancée. Faut-il le dire, Labiche
est
à mourir de rire. De ce rire incandescant et destructeur.
Rire
des autres, bien sûr, si férocement que l'on
oublie qu'au
même instant, notre voisin rit lui aussi,
férocement, mais
de nous-même.
Un chapeau de paille d'Italie est un
cauchemar
onirique. Tout s'y déroule étrangement mais est
inéluctable. C'est le cauchemar de Fadinard. Fadinard avec
ses
peurs d'enfants. Avant de se marier, il rêve son mariage,
comme
un catastrophe... Il est au bord du vertige permanent.
Gilbert
Rouvière